L'appartement 22

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L’appartement 22,
279 avenue Mohamed V,
MA-10000 Rabat,
T +212663598288,
Exposition | JF_JH égalités
Exposition post-résidence avec Mustapha AKRIM et Soukaina JOUAL

JF_JH égalités, Mustapha AKRIM et Soukaina JOUAL

Exposition du 15 février au 15 avril 2017 - Prolongée jusqu’au 28 mai 2017.
Vernissage le 14 février 2017, à partir de 18h et en présence des artistes.

Dimanche 16 avril de 12:30 à 15:00: déjeuner préparé par les artistes Mustapha Akrim et Soukaina Joual, en complicité avec les curators.

Monday 20 February 2017

Les artistes Mustapha Akrim et Soukaina Joual investissent L’appartement 22 avec des oeuvres éminemment politiques pour l’exposition JF_JH égalités, pilotée par les commissaires de la Délégation Artistique Karima Boudou et Abdellah Karroum.

JF_JH égalités :
Mustapha Akrim
Karima Boudou
Soukaina Joual
Abdellah Karroum

C’est dans la continuité du projet artistique et de responsabilité curatoriale que L’appartement 22 invite les artistes Mustapha Akrim et Soukaina Joual à investir l’espace d’exposition comme une tribune pour donner forme à leurs idées, mener des interventions et produire des oeuvres actives dans le contexte d’une société en crise. En février 2017, le Maroc n’a pas de gouvernement en place pour décider des affaires publiques et proposer les lois constitutionnelles au parlement. Le parti élu (PJD) depuis plusieurs mois n’arrive pas à former un gouvernement exécutif. La gestion de la chose publique (الشأن العام) et des affaires sociales semblent ralentis dans un contexte où les aspects économiques et techniques s’accélèrent. Les artistes sont plus que jamais préoccupés par l’abandon de l’héritage culturel et la marginalisation des expressions actuelles, tous deux importants pour imaginer un espace de partage qui regarde le monde et son futur. C’est dans ce contexte de correspondances, avec une conscience aiguë des questions sociales et des enjeux que représente l’action culturelle - autant que l’instrumentalisation politique de la culture comme outils idéologiques - que l’exposition JF_JH égalités [1] se produit. Il s’agit de regarder la société droit dans les yeux, de lui refléter sa propre image, littéralement révéler les secrets qui complètent cette image imparfaite et lui permettre de changer de perspective, trouver des chemins parallèles pour reformuler l’histoire et affronter ses conséquences. La question des égalités et des inégalités semble poser un dilemme des plus persistants. La réponse des artistes à la question des égalités part à chaque fois de leurs projets esthétiques, eux-mêmes inscrits dans une réflexion sur l’existence individuelle et la création d’espaces de partage qui régissent la société.

Mustapha Akrim utilise le texte de l’article 1 de la déclaration universelle des droits de l’homme: “Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité” (en arabe: يولد جميع الناس أحراراً متساوين في الكرامة والحقوق، وقد وهبوا عقلاً وضميراً وعليهم أن يعامل بعضهم بعضاً بروح الإخاء). Le texte prélevé est réalisé en terre cuite, sur le modèle d’un fragment archéologique, en référence aux tables de lois antiques de Hammurabi (XVIIIe siècle av. J.-C.) connues comme étant les plus anciens textes au monde régissant les lois et les relations entre les membres d’une même société. Ce passé agit toujours sur le monde, malgré le fait de la disparition de la majorité des traces physiques et des artefacts de cette civilisation. Après avoir été reproduit avec un savoir artisanal parfait dans la médina de Fès, ce texte est attaqué à la massue, détruit pour en “recoller” les morceaux dans une tentative de lutter contre l’oubli; ce geste renvoie à des formes de violence contemporaine ainsi qu’à la violence subie par l’histoire elle-même. L’objet final se retrouve installé sur des présentoirs, dans une tentative de rappel que l’égalité est bien une convention entre les êtres humains, à contempler.

Soukaina Joual recycle des images populaires de Adam et Eve (حواء و آدم (à l’instant biblique précédant l’ordre divin de quitter le paradis et la descente sur terre, ces images sont imprimées à grande échelle et vendues dans les souks en Afrique et en Asie. Elle déconstruit cette imagerie et le mythe qui l’accompagne, analysant la relation femme-homme depuis les origines et la représentation de ce récit dans la culture moderne. En parallèle à cette représentation extérieure du couple premier, l’artiste réalise des peintures reproduisant des images complexes de coupe transversale du corps, formulant un contrepoint avec le recyclage d’images scientifiques de représentations de l’intérieur des corps féminin et masculin. Elles sont extraites de leur contexte d’origine et amplifiées visuellement, dans une démarche analytique qui rend compte de la peinture comme acte de violence.

Les artistes inventent un vocabulaire original, adoptant des stratégies de représentation par l’image et les mots, par le geste et la rencontre des espaces sociaux qu’ils veulent voir changer par l’expression en général, et par l’art en particulier. Le rôle de l’artiste est éminemment poétique, mais plus que jamais investi dans les champs politique et social. Ce sont ces artistes citoyens que L’appartement 22 souhaite accompagner et relier leurs oeuvres au monde dans lequel nous vivons.

(extrait de l’Essai curatorial, par Karima Boudou et Abdellah Karroum, février 2017)

Merci à Abderrahmane Essaidi et Hafsa Rifki.